10.9.11

LE REGARD DE ... SOLENNE JOLIVET


Quatre orangers plantés dans des carrés d'une terre entre le brun et le rouge.

Une vasque de marbre, au centre, remplie d'eau, des pétales rouges à la surface.

Un sol frais, sur lequel on peut marcher pieds nus, fait de carreaux de ciment poli, 
disposés d'une façon anarchique, au premier regard semble-t-il; 
à y regarder de plus près, carrés, rectangles, losanges, triangles, 
s'accordent et se répondent de façon parfaitement symétrique.




Dar Kawa n'est pas le genre de lieu où l'on consomme la beauté
dans l'immédiat et de façon boulimique, où l'on se satisfait de l'éclat premier des choses. 

Dar Kawa est un lieu qui surprend, et livre peu à peu, 
au cours des observations permise par les nombreux fauteuils de cuir coloniaux, 
chaises chevillées et autres profonds canapés, 
le jeu subtil de la correspondance instantanée de l'ancien et du contemporain, 
du local et de l'ailleurs

La diversité des matières, cuirs, coussins de coton imprimés, teintés, brodés
le végétal, le bois peint de noir, le ciment, les tapis de laine, le verre brûlé des lanternes
les miroirs, les arabesques des fenêtres, obéit à des lois formelles simples
le cercle, récurrent dans toute la maison, le carré, le rectangle. 
L'âme trouve ici, entre la ligne droit et l'arrondi, un équilibre parfait
Le noir et le blanc se partagent l'espace, dans les tonalités de gris, ciment
charbon, ébène, blanc pur, écru de laine, argent des tasses et couverts.




L'air et la lumière sont diffusés par l'ouverture supérieure du patio
elle-même entre-couverte de longues bandes de tissu épais 
qui gonflent et dansent au moindre souffle venu de la côte, toujours bienvenu
On peut suivre la déclinaison du soleil, par les ombres, et traits de lumière 
qui passent sur la blanche hauteur du Patio. 
Les oiseaux, aux chants nouveaux à nos oreilles occidentales, 
s'aventurent sur les branches des orangers, et jusque sur le sol, 
avec la frénésie volatile qui semble les caractériser.





Entre l'extérieur et l'intérieur, 
entre ici et ailleurs, 
ouverte sur l'intime, 
Dar Kawa est internationale 

des livres partout, sur les thèmes les plus divers, le voyage, la nourriture, 
l'art, en anglais, des photographies, une suspension de chapeaux melons, 
un tapis de ronds de cuir, et peaux teintées. 
A Dar Kawa, on oublie la sortie, on ne fait pas immédiatement le lien entre les escaliers, 
les pièces, les fenêtres, les puits de lumière, les hauteurs, la superficie des espaces. Qu'importe, on y reste volontiers, dans la fraîcheur des salons cardinaux, 
où sur les hauteurs de la terrasse. 
La terrasse, justement, ouverte au ciel et à la nuit, 
s'accorde avec l'environnement de la Médina; 
peinte dans cette couleur qui échappe aux mots de ma langue, 
entre l'orangé et l'ocre, comme délavée, soufflée par le vent, usée par le soleil. 
Une très grande table de bois, des marches pour symboliser les espaces, des lits, 
des fauteuils, un salon, fermé par un voile de kiria, la toile de coton locale.




Quand vient la nuit, les lampes rondes perforées, 
les appliques, s'allument en tirant sur des cordons; 
l'environnement est composé de suggestions, 
laissant libre part à l'interprétation des agencements, 
et c'est sans doute la vraie richesse de Dar Kawa; 

ne pas s'imposer comme un décor, 
mais présenter un environnement libre de toute injonction,
 permettant la décontraction et la jouissance des sens en permanence.


 
Dar Kawa invite et revient à l'essentiel
privilégiant les matières naturelles, la simplicité
à l'heure actuelle on ne peut qu'encourager 
ces attitudes de "soin d'intérieur".


Texte et photos : Solenne Jolivet.

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